Parents et enseignant, des partenaires

Lorsque l’enfant débute sa scolarité dans une école Montessori, commence un partenariat entre les parents et l’éducateur Montessori. Chacun dans son rôle, ils participent à la co-éducation de l’enfant.

Par Jeanne Guillaume

Pour l’équilibre de l’enfant, il est important de comprendre comment parents et enseignant Montessori agissent comme des partenaires dans la co-éducation de l’enfant.

Cet article m’a été inspiré par les interviews de Mélanie Faller, éducatrice Montessori en Communauté enfantine (2-3 ans), à l’École Montessori de Valence, et de Florence Kuhn, directrice et éducatrice Montessori en Maison des Enfants (3-6 ans ), à l’École Les Petites Étoiles à Nantes.* De ces échanges, sont ressorties l’importance de la cohérence école-maison et la répartition claire des rôles entre éducateur Montessori et parents.

La cohérence école-maison est bénéfique à l’enfant 

Marlène Martin, directrice pédagogique de la Lab School Paris, souligne que : “La cohérence des règles entre la famille et l’école évite aux enfants d’être en situation de surcharge cognitive (devoir traiter des informations différentes ou contradictoires dans des situations semblables) et donc leur permet de libérer de l’espace mental, afin qu’ils se consacrent à la tâche demandée plus efficacement”. On pourrait dire en d’autres mots que cette cohérence école-maison est “reposante” pour le cerveau de l’enfant.

Faut-il être une famille passionnée de pédagogie Montessori pour mettre ses enfants dans une école Montessori ?

Certaines écoles ou enseignants Montessori exigent une forte adhésion aux valeurs Montessori et un engagement très important. De nombreuses autres écoles accueillent des familles de tous horizons pédagogiques. Florence et Mélanie, toutes deux éducatrices dans deux écoles Montessori différentes, se rejoignent sur le fait qu’il n’est pas nécessaire que les parents aient une connaissance de la pédagogie Montessori.

Mais Mélanie va plus loin. Elle montre qu’il est parfois plus facile de travailler en partenariat avec des familles qui découvrent la pédagogie à son contact. Au contraire, selon elle, les familles qui ont, avant même l’entrée de leur enfant en Communauté enfantine, une lecture personnelle de la pédagogie Montessori, se voient souvent trop fortement influencées par les désirs qu’ils ont pour leur enfant au détriment de la pédagogie telle que pensée par Maria Montessori et appliquée par les éducateurs Montessori formés.

Maria Montessori décrit ainsi l’investissement transformationnel de l’éducateur Montessori en formation  : “ il faut qu’il entre dans les voies de l’humilité, du renoncement de soi-même, de la patience, qu’il anéantisse l’orgueil s’érigeant sur le vide de la vanité.”

(Maria Montessori, Pédagogie scientifique, Tome 2)

Florence note que des familles favorisant fortement l’autonomie de leur enfant à la maison est un plus. Elle imagine que le partenariat avec une famille qui ferait tout à la place de l’enfant et s’opposerait, par exemple, à l’utilisation d’outils et d’ustensils réels en classe – tels que des petits couteaux – ne pourrait pas fonctionner.

Selon Mélanie, la meilleure posture que puisse adopter une famille dont l’enfant commence sa scolarité, est de faire confiance à son enfant, et ce, très tôt.

Comment créer cette cohérence école-maison ?

Les deux éducatrices Montessori interrogées soulignent l’importance de la communication entre elles-mêmes et les parents. Cette communication prend différentes formes tout au long de l’année.

Il s’agira de :

  • Transmissions : Mélanie et Florence décrivent  de quelle façon, le matin, elles recueillent les dernières nouvelles dans la vie de l’enfant (comment s’est passée la nuit, le week-end … ). Et l’après-midi, comment elles racontent quelques événements choisis de la journée de l’enfant à ses parents.

Elles partagent également régulièrement des photos des enfants prises à l’école.

Selon Florence, bénéficier des partages des parents sur la vie de leur enfant à la maison est également précieux. Cela permet de préciser l’identification des périodes sensibles dans lesquelles se trouve l’enfant : une passion soudaine pour les insectes, une envie de compter de tous les instants …

  • Rencontres individuelles deux ou trois fois par an. Pour échanger sur le développement de l’enfant, ses apprentissages, ses évolutions sociales, émotionnelles … 

Ainsi, Florence témoigne de quelle façon ces rencontres assurent aux éducatrices de son école la pleine adhésion des parents à leur travail. Les enfants comprennent que les deux parties se parlent. Leur équilibre se trouve favorisé par le fait que parents et éducateur Montessori soient sur la même longueur d’ondes.

  • Ateliers parents sur des thèmes intéressant les parents et renforçant la cohérence école-maison (communication bienveillante, …). Certaines écoles offrent aux parents des enfants qu’elles accueillent des ateliers gratuits. Dans certaines autres écoles, ces ateliers sont payants et souvent dans ce cas, ouverts à tout parent, que leur enfant soit inscrit ou non dans l’école.

Pour finir, Mélanie raconte avec humour comment elle est parfois amenée à endosser le rôle de “coach parental” à la demande des parents. 

Parent – enseignant Montessori, chacun son rôle 

Selon Mélanie, autant le parent que l’enseignant Montessori est un éducateur. “L’un, au sein du foyer, l’autre dans la société. Tous deux préparent l’enfant à être autonome dans ces deux environnements.”

Les parents placent leur confiance en l’éducateur Montessori

En inscrivant leur enfant dans une école Montessori, les parents font la démarche de faire confiance à une équipe pédagogique. Et en particulier, à l’éducateur Montessori de l’ambiance de leur enfant.

Mélanie et Florence insistent toutes les deux sur cette relation de confiance qui est indispensable pour un bon partenariat de co-éducation entre parents et éducateur Montessori. Avant toute chose, il est essentiel de pouvoir faire confiance à l’adulte auquel on confie son enfant tous les jours. Mais, plus précisément, faire confiance à une équipe pédagogique pour les apprentissages (académiques et non-académiques) de son enfant, sera la base d’un bon partenariat au profit du développement de l’enfant.

Ainsi, faire confiance à l’école Montessori de son enfant signifiera ne pas s’ingérer dans les décisions pédagogiques de l’équipe. Mélanie remarque avec humour : “La communauté enfantine, les parents la découvrent en début d’année, puis lors des réunions. Mais c’est l’espace des enfants, et celui des éducatrices. Ils sont les bienvenus, de temps en temps, mais ils doivent rester à l’écart. Moi je ne vais pas tout le temps chez eux !

Si les choix pédagogiques des éducateurs Montessori vous questionnent. Que vos doutes ne sont pas levés suite à des échanges avec l’équipe (rendez-vous individuels, ateliers …). Force est de constater que la relation de confiance n’est pas là. Il sera alors préférable de chercher une autre école qui vous conviendrait mieux. Faire confiance à l’éducateur de son enfant est vraiment essentiel, ce partenariat ne peut pas fonctionner sans.

Le rôle des parents dans ce partenariat

Le rôle des parents n’est pas de présenter du matériel Montessori

L’introduction du matériel Montessori doit se limiter à la sphère de l’école. Seuls des éducateurs Montessori formés identifient les moments opportuns pour présenter un nouvel atelier Montessori aux enfants. De plus, si les enfants abordent de nouvelles notions avec du matériel Montessori à la maison, le matériel de l’école perd tout son attrait. Sans évoquer le fait que des étapes ont sans doute été sautées ! Si vous souhaitez faire des activités inspirées de la pédagogie Montessori à la maison, c’est possible. N’hésitez pas à demander à l’éducateur Montessori de votre enfant des suggestions DYI. Il pourra ainsi répéter à la maison des notions déjà abordées en classe.

En outre, Florence encourage les parents à dépasser la croyance que la pédagogie Montessori se limite au matériel. (Celui-ci étant l’apanage des éducateurs ; des parents, en cas d’Instruction en famille, bien évidemment). La pédagogie est en effet bien plus large. Les parents peuvent s’en inspirer tout simplement dans la posture qu’ils adoptent avec leur enfant à la maison.

D’ailleurs, Mélanie précise qu’avec ses propres enfants, à la maison, elle est une maman et non une éducatrice Montessori. Elle s’adonne par exemple plus à l’observation et l’écoute de ses enfants qu’aux apprentissages à proprement parlé. Elle rappelle que la formation d’éducateur Montessori est longue et dense. Que celle-ci sous-entend un travail profond sur soi-même afin d’accéder à la bonne posture envers l’enfant et ses apprentissages. (Mélanie a été formée à l’Institut Supérieur Maria Montessori.)

Le rôle des parents est de favoriser l’autonomie au quotidien, s’émerveiller avec son enfant, observer et écouter …


Créer les conditions pour que son enfant fasse seul à la maison
est une merveilleuse part de ce partenariat privilégié. Il s’agira ici d’agir sur sa posture d’adulte et sur l’environnement.

Dans le cas contraire, le travail de déconstruction est de tous les instants à l’école, témoigne Florence. En particulier au retour des vacances.

Autonomiser son enfant à la maison lui donnera un avantage dans son adaptation dans une ambiance Montessori et dans ses apprentissages.

En observant son enfant, en l’écoutant et en s’émerveillant avec lui, vous lui permettrez de découvrir le monde en toute confiance. Et il vous restituera spontanément les apprentissages qu’il est en train de faire à l’école. C’est une posture pertinente pour accompagner le travail de l’éducateur Montessori à l’école.

Il est évident que l’enfant fait aussi spontanément ses apprentissages dans son quotidien avec sa famille, en dehors de tout matériel pédagogique Montessori. Son éducateur Montessori sera certainement très curieux de ses découvertes faites à la maison !


*Interviews conduites en Avril 2021.

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