Interview : Montessori à la maison

Une maman partage avec nous son expérience avec la pédagogie Montessori à la maison. Ce qu’elle retient, ce dont elle se passe. Elle nous livre ses recommandations en matière d’ouvrages pour enfants et ses conseils aux parents qui se lancent.

Par Jeanne
Guide d’activités Montessori de 0 à 3 ans

60 activités à faire chez soi pour développer la motricité, l'éveil des sens, la logique, le langage et l'autonomie

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Dans cette interview, Émeline, maman de trois enfants (11 mois, 4 ans et 7 ans) nous parle de l’application de la pédagogie Montessori à la maison. Un exemple mis en œuvre, en Virginie, aux États-Unis, où elle a déménagé avec sa famille.

– Quel a été votre premier contact avec la pédagogie Montessori ?

– J’étais en Égypte à l’époque. Je travaillais dans les ressources humaines, auprès de familles d’expatriés. L’un d’eux était parent d’un petit garçon de trois ans et il a été amené à l’inscrire dans une école Montessori. Ce qu’il m’a décrit avec d’enthousiasme, a éveillé ma curiosité. Lorsque j’ai été enceinte de mon premier enfant, je me suis réellement intéressée à la question. C’était il y a huit ans. Je me suis documentée. J’ai découvert la pédagogie Montessori avec le livre de Murielle Lefèbvre, Montessori pour mon bébé. Ensuite, je me suis formée avec Murielle pour les 0-3 ans, et les 3-6 ans. J’ai pu mettre en pratique ce que j’ai appris lors d’un court stage dans une école à La Réunion, et avec mes enfants, bien sûr.

Je m’inspire aussi d’autres pédagogies alternatives qui favorisent les apprentissages autonomes et l’exploration telles que Reggio et Waldorf notamment. Et je suis formée en tant que passeuse de nature avec Éveil et Nature d’Émilie Lagoeyte. En décembre dernier, en réaction aux annonces au sujet de l’Instruction en famille, j’ai décidé de pousser encore plus mes explorations en organisant un Sommet Education.

– Vos enfants sont-ils scolarisés ?

– Depuis le mois de mars 2020 et le début de la pandémie, et parce que j’ai déménagé récemment, mes enfants ne sont pas scolarisés. Je m’intéresse à une école proche de chez moi. Nous verrons. Ma fille de quatre ans n’a jamais été scolarisée. Mon fils aîné, âgé de sept ans, a été scolarisé dans deux écoles, Montessori-Reggio et Waldorf, dans deux pays différents, avant le début de la Covid-19. Mon fils a apprécié d’aller à l’école, en particulier pour les copains ! Il y a fait beaucoup d’apprentissages mais j’ai l’impression qu’il les subissait plus qu’autre chose. Je ne fais pas de prosélytisme pour l’Instruction en famille, tout dépend de la situation, mais je défends le fait qu’elle doit être possible.

“Je fais du Montessori à la maison mais pas de façon formelle.”

– Montessori c’est, pour vous, plutôt une inspiration dans l’exercice de votre parentalité, ou exclusivement une pédagogie pour l’instruction de vos enfants ?

– Pour moi c’est les deux. Il n’y a pas de frontière entre les deux. Montessori m’a avant tout accompagnée en tant que maman. C’est aussi une méthode d’apprentissage mais il est vrai que nous ne nous installons pas deux heures par jour dans une salle Montessori. Je fais du Montessori à la maison mais pas de façon formelle.

J’essaye d’avoir un environnement clair et organisé et que mon petit, par exemple, y trouve de l’inspiration. Je suis très peu interventionniste. Je fais confiance à l’élan de l’enfant et j’essaye surtout de ne pas me mettre en travers ! On ne comprend pas toujours ce qui est en train de se passer pour les enfants. Il faut leur faire confiance et veiller à laisser les enfants faire des choses qui leur sont précieuses.

J’observe, j’apporte parfois mon soutien, j’essaye de suivre et de nourrir les intérêts de mes enfants. Mes enfants sont exceptionnellement créatifs, je m’en rends compte. Ils s’occupent toute la journée sans problème !

Parfois j’interviens et j’enseigne spécifiquement une notion. Je me suis rendu compte l’autre jour que mon fils ne distinguait pas la droite de la gauche. Nous circulons en vélo et il était essentiel qu’il fasse cette acquisition. Nous avons donc improvisé un jeu dans la maison ou il était un robot et je lui indiquais des commandes : “droite”, “gauche”, etc.

Les enfants d’Émeline ramassent les feuilles mortes dans leur jardin.

– Selon vous, Montessori, ça passe forcément par du matériel ?

A la maison, j’ai moi-même très peu de matériel Montessori :

Les perles dorées, un alphabet mobile, les triangles constructeurs, les solides géométriques et des patrons correspondants, des puzzles de botaniques, un miroir et des cruches récupérées dans des vide-greniers, … Et la nature nous fournit un matériel infini (pommes de pin, cailloux …) ! Avant, j’imprimais et je fabriquais beaucoup de cartes plastifiées ! Mais j’ai observé que mes enfants ont tendance à fuir le matériel trop formel, trop ouvertement pédagogique ! Par exemple, ils n’aiment pas travailler avec les lettres si cela est trop formel. J’ai tenté de suivre les étapes du matériel Montessori sur ce thème, mais ils se sont sauvés en courant ! En revanche, nous jouons beaucoup avec les sons, les lettres, les mots, les rimes, spontanément, et ils adorent ça ! Suivant Montessori, j’utilise le son des lettres plutôt que leur nom pour les désigner.

Le matériel Montessori n’est donc pas indispensable. Ce qui est essentiel, c’est de prendre le temps avec ses enfants, tel que Montessori le décrit avec ce papa japonais qui s’arrête tous les 3 pas avec son enfant. Il est aussi très important de laisser les enfants bouger. Aller dans la nature, ou au parc. Je suis heureuse que la nature et le mouvement reviennent dans les écoles. Un autre point essentiel selon moi : le mélange des âges. Et dans une famille, c’est tout simplement une réalité ! Les grands travaillent leurs compétences en prenant soin du plus jeune. Le plus jeune apprend de ses aînés. Le grand explique des choses à son frère et sa sœur et consolide ses propres apprentissages.

Je donne les clés à mes enfants pour comprendre le monde.”

Chez nous, on lit beaucoup.

Mes enfants ont chacun accès à un documentaire de leur choix le mercredi. Ils adorent C’est pas sorcier. J’observe qu’ils retirent beaucoup de ces documentaires car ils réinvestissent des connaissances de façon très pertinente à tout moment. Nous suivons aussi les grands récits. L’élan de l’enfant est de comprendre le monde et d’y trouver sa place. Je donne les clés à mes enfants pour comprendre le monde. Cela passe par des livres tels que l’histoire du monde, des humains, de l’alphabet, etc, ou simplement par le fait d’être dans la nature, sans forcément donner quelconque indication aux enfants.

Je recommande les lectures suivantes :

  • Chez Points, les ouvrages : La plus belle histoire du monde, La plus belle histoire des plantes, etc.
  • Chez la Librairie des Ecoles, la collection : Je suis une foret, petite introduction à l’écologie, Je suis un pain au chocolat – petite introduction à l’économie, etc.
  • Les supports pédagogiques de La Salamandre : magazine La Petite Salamandre et Salamandre Junior, guides naturalistes, livres d’activités…

– Et si nous visitions votre maison ensemble ?! Pourriez-vous me pointer les éléments de votre environnement inspirés de la pédagogie Montessori (ou d’autres pédagogies alternatives) ?

Dans l’entrée,

nous avons du matériel en lien avec la date et les saisons. Nous avons des petits personnages pour chacun des jours de la semaine. En réalité, il s’agit d’un matériel issu de la pédagogie Waldorf. J’ai moi-même fabriqué un cadran en carton avec une attache parisienne pour les mois de l’année. Je dispose aussi dans l’entrée des éléments et des décorations en lien avec la saison. Nous célébrons chaque saison par une fête.

Dans le salon,

sur une étagère à hauteur d’enfant, quelques livres et une collection de plumes sont disposés. Nous avons aussi une table de la nature qui est en fait un plateau contenant des éléments naturels.

Dans une pièce dédiée,

nous avons fabriqué des étagères et des bureaux à hauteur des enfants. Sur les premiers étages des étagères sont disposées les activités pour mon bébé, plus haut, pour ma fille, encore plus haut, pour mon fils et enfin, nos affaires d’adultes. Dans toute la maison, nous essayons de bien organiser les choses et que tout reste ordonné. Les enfants peuvent jouer dans le salon mais nous attendons d’eux qu’ils rangent leurs affaires à chaque fois. Mon intérieur ne ressemble pas à une ambiance Montessori avec les plateaux etc. Les rangements sont thématiques. Je sors des activités selon l’intérêt du moment. Je démontre l’usage du matériel aux enfants, en amont, pour qu’ils puissent l’utiliser seuls ensuite.

Dans la cuisine,

nous avons une tour d’observation. Elle permet de remettre entre les mains de l’enfant le pouvoir sur les choses, de faire seul, de comprendre comment cela se fabrique. L’inconvénient de la tour, c’est qu’elle prend beaucoup de place.

Une fontaine à hauteur des enfants leur permet de se servir quand ils en ont besoin.

Les assiettes et les couverts sont rangés dans un placard à leur hauteur également pour qu’ils soient en mesure d’aider à mettre la table. Avec le bébé, nous avons dû tout remonter d’un cran ! Ça fait peur au début de donner de la vaisselle qui casse aux enfants. Mais, contre toute attente, il y a eu très peu de casse, pas plus qu’il y en aurait du fait des adultes !

J’ai également aménagé une partie du comptoir avec des tabourets pour que mes deux plus grands enfants puissent cuisiner.

La fille d’Émeline découpe un concombre dans la cuisine.

Je tiens a dire que ces aménagements ne sont pas toujours esthétiques. Mais l’important pour moi est de trouver un juste milieu pour que notre environnement convienne tout autant aux adultes et aux enfants.

Nous avons aussi un bac avec une poignée où se trouve le matériel de ménage que les enfants peuvent utiliser.

Dans la salle de bain,

un tiroir est réservé aux affaires des enfants. Et j’ai aussi aménagé une petite niche avec un miroir, une brosse à cheveux, des élastiques, des lingettes en tissu et de l’eau micellaire.

Dans la chambre des enfants,

ils ont accès depuis leur plus jeune âge à leurs vêtements grâce à du mobilier adapté à leurs tailles : penderie, étagères, et des petits paniers pour organiser les sous-vêtements. Dans les étagères supérieures, je dispose les vêtements encombrants type combinaisons d’hiver ou les tenues plus chics. La clé, je crois, c’est de trier souvent et ne laisser que quelques vêtements de chaque catégorie, à la bonne hauteur pour être choisis et rangés facilement. Les vêtements que je sélectionne sont confortables et conçus pour être aisément enfilés.

Dans le jardin,

nous cultivons un petit potager. Il n’est pas parfaitement entretenu, plein d’herbes folles mais les enfants sont heureux d’y récolter leurs tomates cerises !

– Avez-vous un regret dans votre rôle d’éducatrice auprès de vos enfants ?

– Je regrette de ne pas avoir compris et pris en compte mieux et plus tôt l’hypersensibilité de ma fille. J’en prends à présent toute la mesure. C’est gigantesque ce qu’il se passe pour elle lorsque cette hypersensibilité est mise à mal. Maria Montessori disait bien qu’il n’y a pas de caprice. Je pense que ce sujet devrait être mieux connu des éducateurs. Qu’ils en comprennent toutes les proportions que cela peut prendre chez un enfant. Qu’ils puissent être à la fois solides et calmes pour aider l’enfant hypersensible à se sentir en sécurité et l’aider ainsi à faire ses apprentissages.

– Enfin, avez-vous un conseil pour les parents qui souhaitent s’inspirer de la pédagogie Montessori à la maison ?

– De faire le plus simple possible ! Ne pas se mettre la pression. Garder ainsi à l’esprit que l’enfant est sensible à l’ambiance avant tout. Se stresser serait donc contre-productif. Observer l’enfant, le prendre comme il est, l’accompagner. Ne pas se précipiter sur le matériel. Aller dehors. Prendre soin de soi aussi, pour rester souriant et disponible. Pas tout le temps disponible d’ailleurs ! Comme vous, l’enfant a aussi besoin de temps pour lui, même tout petit.


Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Émeline en version audio ici.

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