Récompenses et punitions

Que l’on soit farouchement opposé à une éducation basée sur les récompenses et les punitions ou, au contraire, que l’on soutienne de telles pratiques, cet article permet de comprendre les mécanismes à l’œuvre observés par Maria Montessori et confirmés par la science depuis.

Par Jeanne Guillaume

Si la tendance actuelle décourage les punitions, que doit-on penser des récompenses ? Les unes et les autres sont-elles nécessaires ou bénéfiques à l’éducation de nos enfants ? En se basant sur les découvertes de Maria Montessori et, plus récemment, de la science, étudions les effets des récompenses et des punitions sur la motivation de nos enfants.

Récompenses et punitions : de quoi parle-t-on ?

Des cadeaux et des friandises accordés pour un comportement ou un travail jugé “bon”. Mais aussi des notes et des appréciations délivrées par les enseignants. En réalité, nous apposons en permanence des jugements et des récompenses verbales sur les accomplissements de nos enfants. Observez plutôt : “Il est très beau ton dessin”, “tu es une grande fille, c’est bien”, “bravo, tu as résolu ce problème de mathématiques » … 

Ou, au contraire, l’adulte punit l’enfant en le plaçant au coin, en le privant de dessert ou d’une activité, en le privant de récréation à l’école ou en lui faisant recopier des lignes … 

Les récompenses et les punitions sont-elles utiles ?

Le sens des punitions doit en effet être questionné immédiatement : quelle est la signification du fait de priver mon enfant de jouer cet après-midi avec son ami parce qu’il n’a pas été silencieux pendant les courses ? Y-a-t’il réellement une logique ? L’enfant en tire-t-il le moindre enseignement lié à son comportement ?

De même, mon enfant a-t-il besoin d’une récompense pour bien se comporter ou bien travailler ?

Comme nombreux d’entre nous, Maria Montessori a d’abord cru dans les vertus des récompenses. Elle écrit : « J’avais cru, moi aussi que, pour obtenir de l’enfant un effort de travail et de sagesse, il était nécessaire d’encourager ses sentiments les plus bas : la gourmandise, la vanité, l’amour-propre, au moyen d’une récompense extérieure. Je fus donc stupéfaite en constatant que l’enfant à qui il est permis de s’élever perd ses bas instincts. J’exhortai alors les maîtresses à renoncer aux récompenses et aux punitions qui n’étaient plus adaptées aux nôtres. »

En pratique, la pédagogie Montessori se passe des notations par l’inclusion du contrôle de l’erreur dans son matériel. Les éducateurs évaluent les acquisitions des enfants par l’observation pendant la période de travail et par la leçon en trois temps. Les enfants plus grands, à partir de l’élémentaire, ont largement recours à la correction ou l’évaluation par les pairs. Ici, aucun jugement de valeur n’est porté aux enfants eux-mêmes. Les commentaires sont neutres et constructifs.

L’enfant porté par ses propres élans

L’œuvre de Maria Montessori met en lumière l’élan vital des enfants qui les conduisent à désirer ardemment travailler et apprendre. Leur motivation est donc intérieure, endogène, et non activée par des récompenses extérieures. Maria Montessori observe ainsi que les enfants se désintéressent complètement des récompenses. Elle voit en revanche la joie et le bien-être qu’ils éprouvent lorsqu’ils accomplissent leur travail, en autonomie et concentrés.

Céline Alvarez, elle, se base sur des expériences menées par des scientifiques : elle montre comment les enfants se nourrissent de la dopamine naturellement libérée par leur organisme quand leur curiosité intellectuelle spontanée est satisfaite. Et ce, bien davantage que de récompenses extérieures. Plus encore, comme les études citées par Angeline Stoll Lillard, Céline Alvarez décrit comment les récompenses offertes par les adultes découragent les enfants dans leurs efforts. Elles ont un réel effet contre-productif. 

“Eduquer sans punitions ni récompenses”

Ni Punitions

Respecter les besoins naturels des enfants, dont bouger, être rassuré, être engagé dans une activité qui a du sens au même titre que les adultes (par exemple, aider à faire les courses plutôt que de rester immobile et silencieux), éliminera de fait une large part des situations dans lesquelles vous serez tenté de punir votre enfant.

Si nous pensons au besoin de mouvement de l’enfant, nous voyons à quel point il serait contre-productif de priver un enfant chahuteur de récréation. C’est bien lui qui en a le plus besoin !

Un enfant respecté respectera son entourage et son environnement en retour. En outre, selon Maria Montessori et bien d’autres, faire une erreur est source d’apprentissage et ne devrait pas être puni. Qu’il s’agisse d’apprentissages théoriques ou de comportements.

Ni récompenses

Nous pensons par des louanges flatter l’ego de nos enfants et qu’ils en tirent une grande satisfaction. A l’école, le besoin d’attribuer des notes au travail des enfants part du présupposé que ceux-ci n’aiment pas l’école et ont besoin d’être ainsi motivés.

Au contraire, nous insultons leur grande curiosité naturelle à apprendre et à bien faire les choses. Les enfants n’ont pour cela pas besoin des adultes. Ces récompenses deviennent des obstacles à leurs élans spontanés. En effet, au lieu de continuer à suivre leur motivation naturelle intérieure, les enfants vont alors essayer de satisfaire les adultes. Ils perdent ainsi leur motivation pour travailler et faire des efforts. Les demandes des adultes correspondant rarement à leurs besoins précis du moment, car cela, seuls les enfants le ressentent.

La réaction de Maria Montessori devant un comportement non acceptable

Mais que faire lorsque le comportement d’un enfant nuit à la concentration des autres enfants ?

Dans un tel cas, Maria Montessori a mis au point dans ses ambiances, par l’expérimentation, cette méthode : placer l’enfant perturbateur à un bureau un peu à l’écart pour préserver la concentration des autres enfants. L’enfant est placé de façon à pouvoir observer tous les autres enfants à l’œuvre dans la classe. On lui passe alors toutes les activités qu’il souhaite. Dans ce cas de figure, il dépendra en effet complètement de l’adulte. 

Voir les autres enfants se comporter comme ils le font est, pour Maria Montessori, une « leçon objective plus efficace sur son comportement que ne peut l’être la parole de la maîtresse; »

L’enfant aura envie de rejoindre les autres enfants et essaiera d’imiter leurs comportements plus respectueux pour être autorisé à le faire. 

Dans ce cas finalement, on voit que la liberté de cet enfant est limitée un temps. En effet, on dit que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Il dérangeait les autres, on limite donc sa liberté dans la classe pour préserver les autres. Dès qu’il a compris comment être libre en respectant les autres, il peut être libre de ses mouvements et travailler en autonomie. 

Au delà de la pédagogie Montessori, de nombreux ouvrages traitent de cette question et notamment le petit ouvrage très pratique de Jean-Philippe Faure Eduquer sans punitions ni récompenses.


Bibliographie :

Pédagogie scientifique, Tome 1, Maria Montessori.

Les lois naturelles de l’enfant, Céline Alvarez.

Montessori, une révolution pédagogique soutenue par la science, Angeline Stoll Lillard.

Guide d’activités Montessori de 0 à 3 ans

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