Montessori à l’épreuve des neurosciences

Il est intéressant, cent ans plus tard, de confronter les intuitions de Maria Montessori aux découvertes récentes en neurosciences. Il s’avère que les conclusions de la pédagogue, basées sur l’observation approfondie des enfants, sont aujourd’hui largement confirmées par la recherche scientifique.

Par Jeanne Guillaume

Les recherches scientifiques ont, jusqu’à aujourd’hui, toujours validé les principes de la pédagogie Montessori. De nombreux chercheurs ont en effet mis la pédagogie Montessori à l’épreuve des neurosciences.

De l’apprentissage dans le mouvement et par la manipulation, aux périodes sensibles, en passant par le libre choix, les principes fondamentaux énoncés par Maria Montessori ont reçu une confirmation de leur bien-fondé par la science.

Il est à présent scientifiquement reconnu que l’environnement Montessori, la posture de l’éducateur Montessori et la conception de son programme scolaire répondent en tout point aux besoins naturels des enfants. Il est passionnant de constater que la pédagogue de “génie”, comme la qualifie l’auteur Angeline Stoll Lillard, a tiré de ses observations seules (sans moyens scientifiques modernes) des conclusions pertinentes et très précises. Elle est en cela un grand précurseur d’une éducation respectueuse des besoins naturels des enfants.

Principes Montessori confirmés par les neurosciences :

Un article de la revue scientifique Child Development, dans son numéro de mai/juin 2021, présente une étude, assez rare pour être citée, qui évalue les résultats de la pédagogie Montessori en maternelle. Ainsi, les résultats en lecture obtenus grâce à la méthode sensori-moteur préconisée par Montessori sont clairement meilleurs que ceux de la méthode traditionnelle. Ce constat est vrai, quelques soient les inégalités économico-sociales du milieu dont sont issus les enfants.

Voici retracée une liste non exhaustive des principes fondamentaux de la pédagogie Montessori validés par les neurosciences :

Le modèle de développement de l’enfant

Olivier Houdé, spécialiste du développement, concluait lors d’une conférence récente* : “Maria Montessori était un grand précurseur en matière de modèle de développement dynamique, et non linéaire (contrairement à ses contemporains). … A ma connaissance, aucun résultat de recherches scientifiques ne remet en question aujourd’hui les intuitions de Maria Montessori.

Concrètement, le stade du “apprend-moi à être moi-même” s’illustre par la période de création intense de connexions neuronales chez les enfants. Tandis que celui du “apprend-moi à penser par moi-même” correspond en fait à l’ “élagage” des connexions neuronales à partir de 12 ans, de façon à ne conserver que des connexions optimales.

L’environnement nourrit le développement de l’enfant

Nous savons aujourd’hui que l’environnement de l’enfant, ainsi que ses interactions sociales, déterminent ce que l’enfant fait de son capital génétique. Les chiffres varient selon les sources mais on trouve aujourd’hui l’information selon laquelle ce que l’on devient est :

  • 50% inné
  • 50% influencé par l’environnement

Les périodes sensibles

Les neurosciences établissent clairement que les bébés, puis les enfants, ont des capacités extraordinaires à certains stades de leur développement. Ces capacités disparaissent avec la maturation du cortex préfrontal (et le développement de l’inhibition).

Ainsi, le nouveau-né est en mesure de discriminer tous les sons de toutes les langues du monde. Tandis que l’enfant perdra, à terme, cette capacité, alors que son cerveau se “spécialisera” dans sa (ou ses) langue(s) maternelle(s).


De même, conformément au curriculum Montessori, les neurosciences démontrent que :

  • le développement sensoriel intervient en premier
  • suivi du développement du langage
  • et enfin du développement des fonctions cognitives supérieures.
Leçon de grammaire Montessori

L’esprit absorbant

Cette idée du bébé et très jeune enfant qui absorbent tout se vérifie aujourd’hui, concrètement, par l’observation de la multiplication impressionnante du nombre des connexions neuronales à cet âge. En effet, nous savons aujourd’hui que dans le cerveau du jeune enfant, se créent, par seconde, de l’ordre d’un million de connexions !

C’est ainsi que l’enfant ne cesse d’explorer, s’intéresse et enregistre les micro détails (période sensible des petits objets).

La période de travail ininterrompue

Apprendre à prendre son temps conduit au succès (abaisse le stress et ses effets délétères). Dans une ambiance Montessori, la longue période de travail de 3 heures (à partir de 3 ans) permet d’exercer l’attention volontaire de l’enfant. Son cerveau apprend à se concentrer, à se couper des stimuli inutiles à son activité.

Chaque matériel Montessori introduit un seul nouveau concept

Nos ressources attentionnelles sont limitées et souvent surestimées dans un système scolaire traditionnel. Dans une ambiance Montessori, l’introduction d’un concept à la fois permet que l’attention se concentre facilement et efficacement sur de nouveaux apprentissages. 

L’auto-correction de l’erreur

Solange Denervaud, chercheuse en neurosciences, énonce : “L’homme est programmé pour apprendre et ce, en faisant des erreurs. … L’homme aime résoudre des problèmes.” 

L’auto-correction immédiate du matériel Montessori permet à l’enfant d’apprendre et de susciter son intérêt et sa curiosité pour continuer. Une correction externe et hors contexte, en décalage dans le temps, est au contraire non pertinente pour le cerveau. L’enfant la percevra alors uniquement comme un jugement de son travail.

Le libre choix

Le libre choix des activités par l’enfant participe à la capacité à construire des chemins neuronaux optimaux dans son cerveau et permet notamment de développer :

  • l’intérêt
  • les apprentissages
  • le succès
  • la persévérance
  • la motivation
  • la créativité
  • la mémoire
  • la capacité à résoudre des problèmes
  • le bien-être
  • l’estime de soi
  • l’auto-discipline qui conduit elle-même à la concentration

Un choix, oui, mais limité :

Angeline Stoll Lillard tire de plusieurs recherches scientifiques qu’offrir un choix sans limite est contre-productif. Là aussi, Maria Montessori eut la bonne intuition en limitant de facto le choix par une offre réduite de matériels “accessibles” à chaque enfant. L’enfant doit en effet avoir bénéficié d’une présentation de l’éducateur Montessori avant d’utiliser le matériel en autonomie.

De même, la liberté des enfants dans une ambiance Montessori s’auto-limite naturellement par le bien-être de la communauté.

Autres principes Montessori validés par la science

  • Le mouvement et la manipulation favorisent les apprentissages.
  • Nourrir l’intérêt naturel du jeune être humain le conduit à de grands succès dans ses apprentissages.(Individualisation des enseignements en se basant sur les périodes sensibles, la personnalité de l’enfant, ses intérêts personnels).

  • Les récompenses externes ont des effets dévastateurs sur la motivation, la créativité et les comportements sociaux des enfants.
  • La transmission par les pairs plus expérimentés, et les exercices faits en collaboration avec ses pairs, sont extrêmement qualitatifs pour l’enfant en termes d’apprentissages.
  • Les enfants sont motivés par le fait d’apprendre dans un contexte porteur de sens et connecté au monde qui les entoure. Céline Guerreiro, dans son podcast Pour un plein épanouissement affectif et cognitif, montre comment la pédagogie Montessori prévoit que les nouvelles informations introduites auprès d’un enfant sont construites sur et liées aux informations précédemment intégrées. Toutes les matières sont interconnectées. Ce qui crée une grande cohérence dans toute la scolarité Montessori. Elle donne l’exemple suivant : l’enfant apprend, en Maison des enfants (3-6 ans), les noms des solides géométriques. Puis en élémentaire, il calcule les surfaces de ces solides. De même pour l’apprentissage du nom des plantes, puis de leurs caractéristiques.

    Angeline Stoll Lillard choisit cette citation de Maria Montessori pour illustrer cette idée :

« L’éducation, telle qu’entendue aujourd’hui, est séparée en même temps de la vie biologique et de la vie sociale. Quiconque entre dans le monde éducatif a tendance à être coupé de la société … Et ainsi, se préparer pour la vie, en dehors de la vie elle-même. »

Maria Montessori, L’esprit absorbant.

Et encore :

  • Une certaine posture de l’adulte vis-à-vis de l’enfant – à la fois bienveillante et exigeante – dont les effets positifs sont prouvés par la science, se retrouve dans la conception que Maria Montessori se faisait des “guides”.
  • L’environnement ordonné, ainsi que le mobilier et la décoration épurés, limitent les stimuli superflus et favorisent la concentration.

Chercheurs qui ont mis les principes Montessori à l’épreuve des neurosciences

Si vous souhaitez aller plus loin, et comprendre plus en détails encore, comment la science valide les principes Montessori, voici une liste non exhaustive de chercheurs dont les travaux en neurosciences viennent soutenir les conclusions de la pédagogue :

Angeline Stoll Lillard

Professeur de psychologie à l’Université de Virginie aux États-Unis, elle a accompli un travail impressionnant afin de mettre les principes de la pédagogie Montessori à l’épreuve des neurosciences. Dans son livre, depuis traduit en français sous le titre Montessori, une révolution soutenue par la science, elle étudie les aspects principaux de la pédagogie Montessori au regard de très nombreuses études scientifiques modernes.

Montessori, une révolution soutenue par la science, Desclée De Brouwer, 2018.

Solange Denervaud

Diplômée en bio ingénierie et doctorante en neurosciences à l’Université de Genève en Suisse, elle fut enseignante Montessori 6-12 ans et valide aujourd’hui, grâce à ses recherches, ce qu’elle observait dans sa pratique.

La vie secrète des enfants, Édouard Gentaz, Solange Denervaud, Léonard Vannetzel, Odile Jacob, 2016.

Stanislas Dehaene

Pour aller plus loin, consultez également les travaux de Stanislas Dehaene, neuroscientifique et président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale. Ses travaux sur le cerveau des enfants permettent de comprendre pourquoi les méthodes appliquées dans les écoles Montessori sont autant adaptées à l’enfant.

Ainsi, « On sait aujourd’hui que quatre facteurs facilitent l’apprentissage : l’attention, l’engagement actif (un organisme passif n’apprend pas), le test ou retour d’information (sans erreur, pas d’apprentissage) et la consolidation des acquis. » (article dans Le Point, 2017).

Voir notamment son livre Apprendre ! : les talents du cerveau, le défi des machines, Odile Jacob, 2018.

Olivier Houdé

Professeur de psychologie du développement à l’Université de Paris, ses travaux sur le développement de l’enfant et les neurosciences cognitives viennent confirmer de nombreuses intuitions de Maria Montessori.

Il est l’auteur de très nombreux ouvrages. Il a également co-écrit un livre à destination des enfants avec Grégoire Borst, Explore ton cerveau, Nathan, collection « KIDIDOC », 2019.

Steve Masson

Professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, il fait des recherches en neuroéducation. Il a été enseignant en primaire et secondaire, ce qui rend ses recherches très concrètes et applicables.

Vous pouvez notamment découvrir le propos de Steve Masson dans l’épisode 23 du podcast de Céline Guerreiro Pour un plein épanouissement affectif et cognitif.

Au travers de son site.

Ou encore avec ce livre : Activer ses neurones pour mieux apprendre et enseigner, Odile Jacob, 2020.


Autres références :

  • *“Qu’avons-nous appris sur la pédagogie depuis Montessori ?”, conférence organisée par l’Institut Supérieur Maria Montessori le 05 mai 2021 avec la participation d’Olivier Houdé.
  • Montessori à la lumière des découvertes scientifiques actuelles”, Solange Denervaud, mars 2018, conférence organisée par l’association Public Montessori.
  • Pour un plein épanouissement affectif et cognitif, podcast de Céline Guerreiro.

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