Le langage oral de la naissance à trois ans

Les premières années d’un enfant sont cruciales pour le développement de son langage. Cet article donne des clés pour permettre à l’enfant de se nourrir d’un environnement oral riche.

Par Céline
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De la naissance à trois ans, le langage oral des enfants se développe de manière spectaculaire. Les bébés humains naissent avec la capacité d’apprendre une langue humaine tout comme ils naissent avec deux mains et dix doigts. Une partie de leur cerveau est dédiée à l’apprentissage du langage. Maria Montessori, tout comme les chercheurs aujourd’hui, parlent de période sensible du langage, cette fenêtre où la plasticité est optimale. Mais si les enfants naissent tous avec cette capacité d’apprendre, c’est bien l’environnement et les interactions qui vont leur permettre ou non de développer un langage riche.

L’acquisition du langage par l’enfant

Concrètement, comment l’enfant acquiert le langage oral de la naissance à trois ans ? Voyons comment après une phase d’absorption, il vit « une explosion » du langage.

L’absorption du langage par l’enfant

La période sensible du langage commence in utero. Dans le ventre de sa maman, le bébé entend les voix de ses parents et apprend à les différencier.

Dans un premier temps, jusqu’aux deux ans de l’enfant, c’est le  temps d’absorption, de mise à l’intérieur, d’internalisation. L’enfant absorbe la ou les langues parlées dans son environnement.

« La mère n’enseigne pas le langage à son petit, mais le langage se développe naturellement, en tant que création spontanée. Et il se développe selon des lois déterminées, semblables pour tous les enfants. »

Maria MONTESSORI – L’esprit absorbant.

A la naissance, les bébés sont capables d’entendre tous les sons de toutes les langues. Puis vers 9 mois, ils se spécialisent, ils perdent cette capacité et deviennent sourds à certaines langues pour développer leur(s) langue(s).

Il sera toujours possible d’apprendre une deuxième langue à l’âge adulte, grâce à la plasticité cérébrale mais cela demandera plus d’effort. Et il sera quasi impossible d’éviter d’avoir un accent car, en effet, les adultes ne possèdent plus cette capacité de différencier des sons qui n’existent pas dans leur langue.

Maria Montessori l’avait compris et a dû en faire l’expérience elle-même lors de ses très nombreux voyages ! Elle disait : « Souvenez-vous que nous, les adultes, sommes incapables de prononcer parfaitement aucune autre langue que notre langue maternelle. »

« Plus on apprend tardivement une langue, moins on parvient à la produire correctement, sans accent étranger ni erreurs de grammaire. Ainsi, l’enfant qui a la chance de naître dans une famille bilingue, et à qui ses parents font le don merveilleux de lui parler chacun dans sa langue maternelle, acquiert sans effort deux lexiques, deux grammaires, deux cultures. »

Stanislas Dehaene, chercheur en neuropsychologie.

Le “bain” de langage permet à l’enfant de 0 à 6 ans un développement naturel par une imprégnation permanente grâce à ce que Maria Montessori appelait l’esprit absorbant.

L’explosion du langage parlé

Vers 2 ans – 2 ans 1⁄2, l’enfant révèle l’ampleur de son travail de construction interne qu’il a accomplit depuis la naissance. Il balbutie, il élabore ses premières phrases. Maria Montessori parle d’ « explosion du langage parlé« 

Un enfant utilise de nombreux mots, son langage explose, à partir de deux ans.

Aucun parent n’a éduqué son enfant en langage, ce sont les périodes sensibles qui ont permis à l’enfant d’accomplir ce « miracle ». L’enfant de cet âge s’est approprié une structure langagière, il incarne le langage de ses parents. Ce n’est pas l’œuvre d’un travail ou de leçons, c’est l’esprit absorbant qui a œuvré !

« Ce n’est pas le résultat d’un enseignement. On parle, on vit. L’enfant apprend en vivant. Il s’approprie sa structure langagière et grammaticale naturellement. C’est la force de l’esprit absorbant qui le pousse à faire sien le langage présent de son environnement. A la naissance, l’enfant a la capacité d’apprendre toutes les langues. L’esprit absorbant absorbe sa langue maternelle. C’est la plasticité cérébrale qui permet cela. Il traverse une période interne où il acquiert la structuration et la prosodie de sa langue. Il devient un spécialiste de sa langue maternelle. »

Maria MONTESSORI – Éduquer pour un monde nouveau.

L’acquisition du langage se fait ainsi lors des premières relations de l’enfant avec les adultes qui l’accompagnent.

Les chercheurs ont également prouvé que le niveau de langage à l’entrée à l’école à 3 ans est le meilleur indicateur de la réussite scolaire à 6 ans et à 8 ans. Notre responsabilité en tant que parents est donc grande. (Voir sur ce sujet les études de Kathy Hirsh-Pasek et son équipe.)

Mais comment enrichir l’environnement des très jeunes enfants pour leur offrir toutes les chances de développer un langage oral riche de la naissance à trois ans ?

L’influence des parents sur l’enrichissement du langage de l’enfant

Les parents peuvent activement aider leur enfant à enrichir son langage. Ils peuvent ainsi être attentifs à avoir des interactions fréquentes avec leur enfant, en usant d’un vocabulaire précis et divers et être également attentifs à suivre les intérêts de leur enfant. Oui, la façon de parler aux enfants compte !

L’importance des interactions avec l’enfant

Patricia Khul, professeure de sciences de la parole et de l’ouïe et co directrice de l’Institute for Learning & Brain Sciences de l’Université de Washington, a montré que, pour apprendre une langue, il ne suffit pas d’écouter une vidéo ou de regarder un dessin animé. Nous avons besoin d’interagir avec d’autres êtres humains.

Interagissons avec nos enfants. Ne nous freinons pas sous prétexte que les bébés ne comprennent pas les mots comme des enfants plus grands ou des adultes !

L’enfant de quatre ans, à qui ses parents lisent tous les jours des histoires, montre, en imagerie cérébrale, des activations supérieures à celles des autres enfants dans les réseaux cérébraux du langage parlé, les régions mêmes qui lui permettront plus tard de comprendre des textes ou de formuler des pensées complexes.

Un parent lit à son enfant ou petit-enfant. Lire à son enfant est important pour le développement de son langage.
  • Lisons-leur des histoires chaque jour.
  • Appuyons-nous sur des histoires réalistes auxquelles l’enfant pourra se raccrocher. Les premières années, évitons les animaux qui parlent et les sorcières qui font peur.
  • Surtout, ne nous arrêtons pas quand les enfants sont capables de lire eux-mêmes ! Prolongeons ce rituel en choisissant des histoires plus complexes que leur niveau de lecture.
  • Essayons également de ne pas nous interrompre au milieu d’une histoire, pour répondre au téléphone par exemple. Soyons attentifs à conserver le lien avec l’enfant.

Parler souvent à son enfant

Les enfants apprennent ce qu’ils entendent le plus. La quantité de langage adressé à l’enfant est importante car les bébés font des statistiques sur la base des informations qu’ils entendent pour trouver les structures de sons et de mots de leur langue maternelle.

Parlons aux enfants ! Parlons beaucoup !

« Il faut parler clairement à l’enfant, employer les mots exacts et les répéter souvent pour lui. C’est de cette façon que nous stimulerons l’explosion du langage, qui est latente. »

Maria Montessori.

Exposer son enfant à un vocabulaire pertinent

Les enfants apprennent mieux dans des contextes qui sont informatifs et pertinents. Ils apprennent un vocabulaire plus riche dans un apprentissage ludique où l’information a un sens, par rapport à des méthodes d’instruction directe, sans engagement significatif.

Les imagiers sont intéressants car les mots correspondants aux objets choisis dans l’imagier sont « tout ce qui existe au monde » et ils sont classés par catégorie.

Exposer son enfant à un langage oral diversifié de la naissance à trois ans

Les enfants ont besoin d’entendre plusieurs types de mots et de structures syntaxiques de phrase pour apprendre le langage efficacement.

La quantité et la diversité des stimulations verbales favorisent un apprentissage précoce du langage et des connaissances plus riches.

Suivre les intérêts de son enfant

Les enfants enregistrent le vocabulaire attaché aux choses ou aux évènements qui les intéressent.

Ils n’auront aucune difficulté à retenir des noms qui nous paraissent compliqués, comme les noms des dinosaures, par exemple !

Les bébés sont également très sensibles à l’attention conjointe pendant leurs apprentissages.

Et lorsque l’on nomme des choses qui les intéressent, ils apprennent mieux. Lire des livres pertinents aide les enfants à s’intéresser à la lecture.

La lecture conjointe est importante !

Il faut lire beaucoup aux enfants ! La durée de lecture et d’attention conjointe entre les mères et les bébés à 9 mois est capable de prédire le vocabulaire des enfants à 34 mois.

Ces cinq principes sont à prendre en compte que l’enfant soit en train d’apprendre une langue ou deux !

Appliquer ces principes dans tous les milieux socio-économiques permettrait de réduire l’écart de 30 millions de mots chez les enfants et de donner les moyens à chaque enfant de développer son plein potentiel.

« Pour se mettre d’accord et pour délibérer, il ne suffit pas de penser ; il est indispensable que nous nous comprenions les uns les autres. L’instrument qui rend possible la compréhension réciproque, c’est le langage, moyen de penser en commun. »

Maria MONTESSORI – L’esprit absorbant de l’enfant.

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